Somatisation : quand le cerveau souffre et que le corps à mal.

« Toute douleur est une mémoire. »
Eric Fottorino 
Un territoire fragile (2002)

« Le fonctionnement mental n’est pas quelque chose de donné une fois pour toutes, il est sujet à une double variation : d’une personne à l’autre – tout le monde n’a pas le même équipement psychique – ; d’une période à une autre – chez beaucoup, sans doute chez l’immense majorité d’entre nous –, la qualité du fonctionnement mental varie au cours du temps. »

Press, J. (2011). Angoisse et processus de somatisation. Psychologie clinique et projective, 17,(1), 9-27. doi:10.3917/pcp.017.0009.


Explicitement, chaque individu évolue en fonction des caractères endogènes (dont la cause est interne) et exogènes (qui provient de l’extérieur de l’organisme) de son environnement. Ces interactions sollicitent notre capacité d’adaptation, et de fait notre résistance psychique et émotionnelle.

En réponse à un stress (aigu, récurrent…) ou à un traumatisme psychique, il peut arriver que le cerveau transfère tout ou partie de l’impact sur le corps, le trouble psychique se manifeste alors sous forme physiologique : c’est le processus de manifestation somatique. 

Les différentes formes de manifestations somatiques

Définitions du Larousse :

Somatisation : avoir une réponse physique, organique à un stress psychologique  (ex: somatiser une angoisse).
Psychosomatique : Qui concerne à la fois le corps et l’esprit. Se dit d’un trouble organique ou fonctionnel d’origine psychique.

De manière plus approfondie :

  1. Les manifestations corporelles expressives ou SOMATISATION
    Se sont les « conversions hystériques » décrites par la psychanalyse : les symptômes d’un malaise psychique se manifestent physiquement (« conversion ») par crises (« hystérie »). 
    Les jambes qui ne répondent plus, l’étouffement, l’envie de vomir, la surdité, etc., manifestent un sens du type : je ne marche plus, je n’en peux plus, ça me dégoutte, je ne veux plus en entendre parler… →  c’est une lecture symbolique de la somatisation. La personne s’exprime de manière confuse par le corps.

  2. Les manifestations fonctionnelles, transitoires ou constantes
    Il s’agit d’expressions d’origine représentationnelle, symbolique (comme ci-dessus) mais, a contrario des conversions, elles entraînent une modification physiologique pathologique.
    Elles peuvent être ponctuelles (transitoires) ou chroniques (constantes). Ces manifestations sont réversibles, sans lésion ni séquelles.

  3. Les manifestations biosomatiques
    Se sont des symptômes d’origine psychique qui entraînent une véritable dysfonction biologique non réversible spontanément :
    • les effets du stress, au terme des 3 phases (alerte⇒lutte⇒épuisement)
    • les maladies psychosomatiques : pathologie où il n’y a pas de symbole, de représentaion, de pensée verbalisable ou verbalisée.
      Ce sont les asthmes en pneumologie, les eczémas en dermatologie, les colopathies en gastroentérologie, les coronaropathies en cardiologie, les céphalées en neurologie, les coliques idiopathiques en pédiatrie… 
    • chez l’enfant on trouve l’anorexie mentale du nourrisson, les manifestations asthmatiques précoces, les eczémas…

Il est aussi à considérer, comme le précise P. Juignet, que « l’absence d’étiologie (cause) organique peut peut-être venir de notre ignorance, ce qui conduit parfois à une psychologisation abusive »... l’incompris n’est pas forcément une manifestation somatique. Les errances médicales consécutives au « c’est dans la tête » sont nombreuses, et sont extrêmement stigmatisantes pour des patients déjà en souffrance…c’est là un autre sujet qu’il est cependant important de signifier.

Egalement, la reconnaissance, l’écoute et la légitimisation des manifestations psychosomatiques sont primordiales : aucune douleur ne prévaut sur une autre (hors degré d’intensité) et le sujet somatisant vit une souffrance bien réelle !

Soma, en grec ancien, désigne le corps. Dans les années 1980, Lipowski définit la somatisation comme étant « une tendance à ressentir et exprimer des symptômes somatiques dont ne rend pas compte une pathologie organique, à les attribuer à une maladie physique et à rechercher dans ce contexte une aide médicale ».

Les troubles psychosomatiques sont souvent associés à des troubles anxio-dépressifs, et les symptômes sont multiples et polymorphes, parfois coexistants : oppression, angoisse, vertiges, douleurs abdominales, épigastriques, dorsales, maladie de peau (eczéma…), insomnies, troubles alimentaires…

Un accompagnement psychocorporel tel que la sophrologie va considérer les deux principaux axes de la manifestation somatoforme, et orienter l’accompagnement sur :

  1. La prise en charge des troubles tels qu’ils apparaissent et tels qu’il sont vécus par le sujet.
    Les proposition sophrologiques pourront être ciblées sur :
    • l’accueil des sensations,
    • le soulagement,
    • la distanciation,
    • la réappropiation du schéma corporel,
    • la connaissance et acceptation de soi…

  2. La considération du risque de chronicisation des manifestations.
    Toujours selon Lipowski (1988), les troubles psychosomatiques sont « une façon de faire face aux adversités de la vie, à ses besoins et conflits psychologiques, à ses sentiments de culpabilité ou de colère et à une mauvaise estime de soi ». 
    Les proposition sophrologiques pourront être ciblées sur :
    • l’identification des fonctionnements limitants,
    • l’apaisement et la confiance en soi,
    • le renforcement des potentiels,
    • la valorisation des capacités physiques, psychiques, émotionnelles,
    • la reconnaissance des valeurs personnelles,
    • les projections positives …

Ces approches et propositions sont fondamentales de la méthode sophrologique, qui vise à (re)établir la communication entre le mental et le corps.

Le processus de connexion au corps par le biais de la respiration, des exercices corporels, des visualisations positives, est moteur d’une dynamique globale encourageant les investissements personnels et les projets.

Il s’agira bien sûr d’établir un accompagnement au rythme de chacun, en fonction de « ce qui est bon pour vous », ici et maintenant.

 


Précisons : somatisation ou hypocondrie ?

Il s’agit de deux processus différents. Les personnes souffrant d’hypocondrie ont des préoccupations centrées sur la crainte d’une maladie grave, fondée sur l’interprétation erronée de symptômes physiques malgré un bilan médical approprié et rassurant. Cela se solde généralement par des comportements de rituels visant à se réassurer, et qui évoquent très clairement un Trouble Obsessionnel-Compulsif.

 


Bibliograpie

https://blog.cognifit.com/fr/somatisation-corps-mal-etre-psy/

https://psychisme.org/Clinique/Psychosomat.html

« Troubles psychosomatiques de l’adulte » in Widlöcher D, Braconnier A., Psychanalyse et psychothérapie, Flammarion, Paris,1996.

Emmanuelle JUNG WIGGINS « Patients souffrant de troubles somatoformes : évaluation d’une prise en charge intégrée médico-psychiatrique et revue de la littérature. » , thèse de doctorat, sous la direction du Dr Anne-Françoise Allaz et du Dr Marc Archinard, Faculté de Médecine de l’Université de Genève, 2000.

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